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lundi 23 mai 2011

Le printemps des hyènes. Conte à jeter après lecture.

 Parce qu'il faut bien repartir un jour... Ne me demandez surtout pas pourquoi, si ce n'est le plaisir de retrouver mes collègues blogueuses et blogueurs qui m'ont manqué.

Tout rapprochement avec une Kahn ou un canard connu ne serait que pure coïncidence. Ce conte médiatique est un remix merdique. À l'heure où une tragédie personnelle, aussi épouvantable fut-elle pour la malheureuse victime que pour le délinquant supposé,   paralyse depuis une semaine les informations d'un pays de 65 millions d'habitants. À l'heure où on apprend que 3 réacteurs nucléaires sont en fusion à Fukushima, obérant l'avenir de dizaines de milliers de Japonais. À l'heure où, en Espagne, se joue une bataille majeure entre le peuple et les institutions politiques, j'ai eu envie de déconner. 

Honte à moi. Je me repens et me répands en excuses.



Dépêche AEP Dimanche 22 mai 2011 – 20:47


"Un canard sauvage pris par un malaise cardiaque  alors qu’il survolait la région parisienne, précisément au dessus du village de Coubron en Seine Saint Denis, s’est écrasé en piqué sur le crâne d’un jeune mineur de 12 ans.
 1851870747.jpgL'adolescent était en train de déjeuner ce dimanche à 13h39 avec ses parents et grands parents à l’occasion d’un barbecue.
Alors que le jeune homme dégustait un magret de canard, il a été assommé par le contact violent du bec du volatile… Le petit Donald est dans le coma. Les médecins réservent leur diagnostic. Le juge a mis en garde à vue le boucher qui a vendu le magret ainsi que les grands parents qui avaient préparé ce barbecue. L'enquête suit son cours. L'oiseau n'aurait pas succombé à ses blessures selon le Professeur Piquessou, le grand chirurgien spécialiste en traumatologie appelé en urgence au chevet de l'assassin présumé.

Une cellule de crise a été installée et une équipe de soutien psychologique composée de 17 membres a été envoyée sur les lieux… Mmes Roselyne Bachelot, Nadine Morano et Carla Sarkozy se sont déplacées sur les lieux devant les photographes pour soutenir les parents du petit Donald. Le Président est attendu pour une conférence de Presse imminente sur le lieu du drame.

Le député UMP Louis Mariano a déposé un projet de Loi réclamant l’interdiction des vols pour tous les canards sauvages non bagués. Le député du nouveau centre, Raymond Barbeuq a, quant à lui, déposé une proposition de Loi stipulant que tout barbecue devra désormais se situer obligatoirement dans un endroit couvert à l'abri des chutes de volatiles. D’autre part il a requis auprès du gouvernement; qu’une visite médicale systématique, renouvelable chaque année, soit effectuée sur tous les canards étrangers bagués,  qui survoleraient l’espace aérien français.

1442918005.jpgMonsieur Claude Guéant a annoncé qu’un contingent de 238 canards non bagués serait expulsé dans les 6 jours à venir par charter spécialement aménagé. Le président de la République, de son côté, a exigé de son Ministre de l'Intérieur, devant un parterre de 274 journalistes venus pour l'occasion, un quota d'expulsion de 16453 palmipèdes pour l'année 2011.
La journaliste vedette de TP1, Clara Cheval, dès le début du journal de 20 h de ce dimanche a consacré pas moins de 5 reportages sur toutes les facettes de ce terrible accident qui a traumatisé durablement la France entière.  En fin de journal, un reporter de TP1 a affirmé, que le canard s'était pendu, il y a quelques minutes en salle de réanimation." Fin de la dépêche.

Dépêche AEP du dimanche 22 mai 2011 - 21:12
"Un démenti formel des autorités concernant l'annonce du suicide du volatile vient de tomber du Ministère de l'Intérieur qui signale qu'en réalité le canard s’était réveillé, il ne souffrirait d'aucune séquelle physique : il a été immédiatement placé en garde à vue par le juge Gontran et conduit,  sans menottes aux pattes, selon la loi de présomption d'innocence, pour un interrogatoire auprès du juge d'instruction.

La direction de TP1 s'est excusée auprès de ses téléspectateurs de l'émoi provoqué par une annonce erronée due à son désir d'informer toujours plus rapidement . "TP1 est  particulièrement soucieuse de satisfaire la légitime curiosité d'un public  toujours plus exigeant et avisé. Cette recherche d'une information toujours plus efficace peut hélas, très occasionnellement, entraîner quelques  légers dysfonctionnements" a déclaré Madame Cathy Nelle, directrice de l'information de la chaîne.

D'autre part, on apprend que les jours du petit Donald ne seraient plus en danger selon certaines sources fiables."  Fin de la dépêche.

S'il faut une morale à ce récit loufoque, je vous en livrerais en réalité, six.

1) Les chaînes d'info, tournant en boucle pendant des jours et des jours, les mêmes sujets, les mêmes images, les mêmes slogans, les mêmes débats, participent à une névrose obsessionnelle collective inouïe. 

2)   La propension des journalistes à penser que tout est prévisible, que tout phénomène naturel ou dérèglement comportemental humain est susceptible d'être anticipé et que toute fatalité n'existe pas ; qu’il faille TOUJOURS et SYSTÉMATIQUEMENT trouver une cause à un dérèglement où une pulsion criminelle pour la moindre catastrophe montre que la société moderne est en train de péter les boulons par manque d'humilité. Jamais l’homme ne pourra parfaitement maîtriser les calamités naturelles ou humaines, imprévisibles par essence ! Dans cette société hyper protégée et aseptisée, beaucoup se refusent à  admettre qu'une énorme part d'imprévu est incompressible.

3)   À force de faire dans le nécrophage, l’abject, le crime odieux, les supports d'information se discréditent car leur recherche du scoop finit par entraîner des annonces toujours plus croustillantes qui conduisent fatalement à des fautes impardonnables. La culture du sensationnel est un cul de sac marécageux où faute de contenus politiques, culturels ou un peu intellectuels, la plupart des médias se vautrent voluptueusement, sans même s’apercevoir qu’ils creusent leurs tombes et restreignent chaque jour davantage le peu de crédit qu’il leur reste. Étonnez vous qu'après, la majorité des citoyens imaginent l'élaboration de complots machiavéliques à tous les stades !

1752550300.jpg4)   À force de consommer et de nous servir de la charogne et du faisandé à tous les repas, il est normal, un jour de se retrouver avec un  terrible mal de ventre… Notre "amie" Marine en sait quelque chose : il s'agit de son fond de commerce.



5)    Enfin et surtout, la surenchère exaspérante des acteurs de la vie civile (associations, notamment), politique, administrative et journalistique qui ne cessent de réclamer sans  cesse, à chaud  sous le coup d'émotions, de nouvelles révélations, de nouvelles enquêtes, de nouvelles entraves à la liberté pour l'hypothétique bien de la collectivité sans s'apercevoir qu'un jour, s'ils persistent dans cette voie, il ne nous restera pratiquement ni libre arbitre, ni liberté individuelle...

6) Nous avons tous perdu la notion du temps nécessaire au recul nécessaire à l'élaboration de la vérité et de l'analyse. Si l'immédiateté, l'instantanéité sont devenues par la faute de moyens techniques ultra performants, la règle de l'information et des réactions passionnelles, elles ne sauront jamais être celle de la Justice.


Ce n'est que le modeste avis d’un lointain cousin du canard incarcéré, qui déteste les hyènes et les vautours et qui reste épris du peu de libre-arbitre qu'il lui reste…

Pardon d'avoir été pompeux et pédant. Profitez bien de votre année pré-électorale car après, les choses risquent de se compliquer bigrement...


À plus. Je ne me relis pas sinon j'effacerais toutes mes morales à 3 centimes d'euro. Je compte sur votre indulgence. En tout cas, un fait est avéré : mon manque de sérieux. Je ne suis hélas qu'un petit blogueur de caniveaux à lire avec la réserve d'usage !




J'ai pompé l'oiseau Gif sur un des commentaires d'une reprise de Dazibaoueb. Merci à l'inconnue, Reineroro, d'avoir trouvé cette animation.

lundi 13 septembre 2010

Les terribles tracas d'un quidam ordinaire.. Dérision.

J'ai peur...

J'ai peur de la mort, peur de vieillir, peur du chômage, peur de la mondialisation, peur des retraites, peur de la gauche, peur du front national, peur des OGM, peur pour mes enfants, peur pour mes parents, peur pour mon chien, peur pour mon canari, peur de mal faire, peur d'avoir un accident, peur de mon patron, peur de mon chef, peur des écologistes, peur du marxisme, peur de la bagarre, peur des disputes, peur de Dieu, peur du diable, peur de blasphémer, peur des démons, peur des nains, peur des géants, peur des monstres, peur des loups. peur des souris, peur du progrès, peur du noir.


J'ai peur des immigrés, peur des Arabes, peur des musulmans, peur des Africains, peur des métis, peur des femmes, peur des hommes, peur des pédophiles, peur de mon voisin, peur de mes amis, peur des intellectuels, peur du peuple, peur des étudiants, peur des manifestations, peur que tout se voit, peur de réussir, peur de rater, peur des gauchistes, peur d'être égorgé pendant mon sommeil, peur du cancer, peur des maladies cardiaques, peur de la maladie, peur d'être ridicule, peur des pesticides, peur des aliments avariés, peur des responsabilités, peur d'être agressé, peur de la burqa, peur du voile, peur des barbus, peur des gitans, peur des Roms.

J'ai peur de la foule, peur de la banlieue, peur de la violence, peur des voleurs, peur du désordre, peur de la racaille, peur d'être dragué, peur de n'être plus sexy, peur de ne plus plaire, peur de ne plus bander, peur de trop bander, peur de l'éjaculation précoce, peur des araignées, peur des insectes, peur des chats, peur de traverser la rue, peur de la prison, peur de l'autre, peur de la police, peur des lois, peur de marcher sur la pelouse, peur des ascenseurs, peur des avions, peur des accidents, peur de la pollution, peur de la grippe A, peur des radars, peur de manquer.

J'ai peur du divorce,  peur de la solitude, peur de boire, peur de prendre du poids,  peur de vomir,  peur de perdre la vue,  peur de devenir chauve,  peur de la maladie d'Alzheimer,  peur d'être paralysé, peur du communisme, peur des chars russes, peur des tanks chinois, peur des fusées iraniennes, peur de Ben Laden, peur du réchauffement climatique, peur du refroidissement de la planète, peur des intempéries, peur de la sècheresse, peur des tempêtes, peur du vent, peur du froid, peur des inondations, peur des Corses, peur des armes, peur de l'immigration, peur d'émigrer, peur d'avoir peur, peur des mots,  peur de l'avenir, peur du passé, peur de vivre, peur des fantômes.



J'ai peur de mon ombre, du doux zéphyr qui pourrait se transformer en bourrasque, de l'amour qui ne demande qu'à se muer en haine, de mes enfants qui attendent ma mort pour hériter, de mes amis qui me jalousent, des politiques qui veulent me plumer, des syndicalistes qui pourrissent mes déplacements, de la télévision qui me montre des images insoutenables, d'internet qui me démoralise, des journaux aux titres racoleurs et sanglants...

- Oui ?

- Je suis Français...

- Comment l'avez vous deviné ?


Amis lecteurs, à après ! 

vendredi 10 septembre 2010

Le plaidoyer musclé d'un patron pour une vraie presse libérale. Gag à prendre au sérieux.

À l'occasion de la publication d'un nouveau plan de remise en cause des aides à la presse, j'ai remis au goût du jour ce pastiche qui ne fera pas rire tout le monde... *







Monsieur Serge Lassault lance un vibrant appel pour que les patrons de la presse libérale refusent des subventions d'essence collectiviste

FdDassault.jpg


Photo et décors choisis par Étienne Courgeotte, rédacteur en Chef.
Assisté par Messieurs Yves Tétard, Ivan Roufiol, Michou Brézé et Yves de Keldrol.
Interview menée par Étienne Courgeotte.

É.C : Mes respects, Monsieur le Président Serge Lassault, vous avez donc décidé de refuser les subventions de l'État versées pour l'aide à la presse quotidienne ainsi que pour les sites Web qui dépendent de votre groupe "par conviction libérale" dîtes vous, pourriez vous expliciter vos propos ?

S.L : En effet ! Figurez vous qu'hier matin, tandis que mon barbier, me rasait, et ma manucure soignait mes mains, une brutale illumination spirituelle a éclairé mon cerveau. Mais bon Dieu, me suis je dit, nous, patrons de presse, apôtres radicaux de l'économie de marché, avons l'estomac de recevoir des subsides d'un État omniprésent alors que nous n'avons de cesse de combattre par tous nos moyens de propagande le collectivisme rampant qui pourrit notre pays ! Cette évidence m'a sauté aux yeux !

É.C : Et pourtant, Monsieur le Président directeur général, cette situation dure depuis la libération. Ce sont des sommes considérables qui ont aidé la presse à survivre. Peut-être que nous autres journalistes sommes là grâce à ces subventions...

S.L : Je conçois cette situation car, en temps que marchand d'armes, je sais combien l'argent n'a pas d'odeur. Toutefois dans un geste d'émancipation unique dans l'histoire du capitalisme français, j'ai décidé de refuser ces sommes qui pervertissent notre combat pour la libre entreprise, la mondialisation, la concurrence assumée, la loi du marché ! Se tournant vers les journalistes. Et vous Messieurs me suivrez vous ?

Les journalistes : Oh oui Monsieur le Directeur ! Oh oui ! Les échines sont courbés, les regards torves, les sourires forcés.

É.C : Mais cette mesure - euh - révolutionnaire si j'ose m'exprimer ainsi, même si je déteste ce terme, ne risque t-elle pas de désorganiser nos - euh - services ?

S.L : Bien entendu, dans un premier temps, certains sacrifices devront être consentis par nos braves journalistes ici présents mais je ne doute pas que pour faire triompher leurs idées libérales, ils ne consentent point à donner l'exemple ! S'adressant à eux. N'est ce pas mes chers amis ?

Les journalistes : Mollement. Euh mouais, Monsieur le Président Directeur Général. oui... Oui...

S.L : Dans un premier temps, il nous faudra comprimer fortement la masse salariale pour rester compétitif...
On entend un choc. Ivan Roufiol et Yves Tétard viennent de perdre connaissance. La sécurité s'efforce de les faire revenir à eux. L'interview continue. Les masques sont hagards et la sueur coule comme un torrent sur tous les visages...

S.L : J'envisage également de porter le prix du quotidien à 3,60 €. Et pour la promotion, de joindre les oeuvres complètes d'André Glucksmann en CD avec peut-être en prime le DVD d'un film de Rohmer ? Qu'en pensez vous, Étienne ?

É.C : La voix blanche, le rédacteur en chef avale une pillule et engloutit un verre d'eau en tremblotant. Très bien, Monsieur le Président...

S.L : Vous rendez vous compte mes chers journalistes, pour la première fois dans ce pays, NOUS, les missionnaires du libre marché, allons prouver que l'instauration d'une véritable société capitaliste est viable. Vous, mes amis qui chantiez dans vos articles les psaumes de la libre entreprise et stigmatisiez les ravages du bolchevisme, allez pouvoir enfin vivre le bonheur de joindre vos actes à vos paroles ! Tels des pèlerins du 21ème siècle, nous montrerons la joie de propager nos idées à l'assaut d'un pays de paresseux et d'assistés. Un silence. Se tournant vers la porte de gauche, Serge Lassault appelle un mystérieux inconnu. Monsieur Piao Lin, s'il vous plait ! Un jeune asiatique apparaît souriant. Messieurs, permettez moi de vous présenter votre futur rédacteur en chef adjoint, Monsieur Piao Lin qui a accepté pour 1200 € mensuels de prendre la responsabilité du journal.

Un vacarme assourdissant se fit entendre, les corps sans vie de journalistes, secoués par l'émotion s'écroulèrent. Ce jour là on compta au sein de la rédaction du Jivaro, pas moins de 3 morts. Deux journalistes se retrouvèrent en réanimation.

La tempête médiatique soulevée se révéla non moins dévastatrice : une manifestation de patrons de presse ; avec Monsieur Arnaud Lagardère à sa tête, à laquelle se joignirent les PDG des grands groupes automobiles français et une délégation du MEDEF ; défila devant l'Assemblée Nationale en réclamant le maintien des subventions publiques.

La morale de cette histoire ? Gare au loup ! Attention aux coups de rabots  destinés à maximiser les profits au sein de la presse. Gaffe à l'intrusion ouverte du politique dans la gestion des journaux...

Gentils lecteurs, que la providence vous garde !

Je me permets à l'occasion de ce billet de vous conseiller 2 blogs, Donjipez, journaliste qui m'a inspiré l'idée de ce billet et l'excellentissime TGB rue-affre, pétri d'imagination et de talent, qui se révèle souvent comme un modèle de créativité.


Amis, à après... Bon week end.

* Toute ressemblance avec des titres de presse ou des personnages connus ne serait que le résultat hasardeux d'une pure coïncidence.